Souviens-toi
Publié le 09 Sep 08
« Écoute
Calme
Écoute
Lève les yeux
Regarde
Au-dessus de toi
Les arbres dessinent des formes magiques sur le ciel. Et la lune derrière, regarde, adoucit tout.
Ecoute.
Les fougères, les ronces, les cailloux sur les sentiers, les primevères, les hannetons, la mousse, le genêt. Ecoute, on entend de l’eau, pas loin.
Tu seras bien, ici.
C’est une forêt douce.
C’est une forêt magique où l’on t’oubliera.
Toi, tu n’oublieras pas. Non.
Tu te souviendras, au contraire.
Plus la forêt t’enchantera, plus tu te souviendras.
Un instant ? Un instant seulement ?
Oui c’est ce que tu répèteras, ce n’était qu’un instant.
Un instant qui compte malheureusement, qui va beaucoup compter pour toi, àpartir de maintenant.
Tu as l’éternité pour t’en souvenir.
Écoute
Ce que j’ai àte dire, maintenant.
Tu es enfermé ici. Tu ne trouveras pas le chemin du retour. Il n’existe pas. C’était un aller simple que tu as pris lorsque tu as cru, simplement prendre du bon temps, comme vous dites. Vous dites les choses de façon àce qu’elles vous simplifient la vie, non ? Si tais-toi. Ne réponds rien, n’ouvre même pas la bouche, c’est trop tard. Je te le dis, c’est ce que vous faites. Vous dites « c’est sans conséquence » « un instant seulement »
C’est fini, ça, maintenant. Fini.
Tu as l’éternité pour réfléchir aux mots que tu as prononcés.
Écoute
Ce que j’ai àte dire.
Souviens toi.
Quelqu’un a posé une épée sur tes épaules. Tu as baissé la tête. Tu as juré.
Tu étais le représentant de la noblesse de l’âme, du cœur et des combats.
Tu as juré.
Plus tard, ailleurs, tu as promis. Tu as pris la main de quelqu’un, tu lui as dit « Ma mie » « mon Aimée » « ma douce »
Tu le pensais, oui tu le pensais. Car ce qui était droit en toi àce moment làn’était pas ton âme. Ce n’était pas ton cÅ“ur. Ce n’était même pas cette épée.
Ensuite on oublie, un instant, un instant seulement, on prend du bon temps, n’est-ce pas ? Ce qui est le plus droit, le plus ferme, ce n’est pas le cÅ“ur, n’est-ce pas, chez vous ? Ferme la bouche, il n’y a plus rien àdire. Tes actes ont parlé.
C’est ma vengeance maintenant qui a la parole.
Et c’est ma vengeance que tu vas vivre et revivre ici dans cette forêt.
Écoute
J’ai créé le Val Sans Retour.
Car la noblesse de l’âme vous ne savez pas la vivre. Vous jurez, pourtant. Vous inclinez la tête pour la recevoir dans votre cœur.
Un chevalier n’a pas le droit d’être infidèle.
C’est-à -dire, surtout, qu’il n’a plus le droit. Car maintenant, et jusqu’àce qu’un chevalier fidèle puisse vous délivrer, l’infidélité mène au Val Sans Retour. Et n’espère pas. Regarde dans ton cÅ“ur. Pourquoi y aurait-il mieux ailleurs ? Pourquoi y aurait-il un chevalier dont l’âme serait plus droite que la tienne ?
Je suis Morgane deux fois trahie.
Dont le cœur s’est refermé pour toujours.
Comme cette forêt sur tes souvenirs
Écoute
Maintenant
Mon rire. »
Anne Deniau
(reproduction interdite)


